Introduction

Préface : « Que reste-il de nos Amours ? »

 

En tant que co-rédacteurs, nous avons le plaisir d’introduire ce numéro spécial de RFCCC consacré à la troisième vague de la TCC 30 ans après ses débuts.

Dans les années 1990, sous l’impulsion de Marsha Linehan dans la prise en charge des troubles de la personnalité borderline, est apparu un nouveau courant en TCC mêlant le changement (de comportement, entendu au sens large de réactions comportementales, cognitives et émotionnelles)  et l’acceptation du non-changement.

Après avoir proposé des interventions visant directement la modification des comportements problématiques (thérapies comportementales de 1ère vague) et/ou des cognitions dysfonctionnelles (thérapies cognitives ou cognitivo-comportementales de 2ème vague), cette nouvelle approche est partie du postulat qu’une grande partie des troubles émotionnels tenait au refus de vivre des expériences aversives (« évitement expérientiel »). De là, une série de cliniciens-chercheurs a développé des interventions visant à accueillir la détresse psychologique plutôt qu’à chercher à la contrôler, la transformer ou la réduire.

 

François NEF, Richard TOTH

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Procédures

Prise en charge libérale et indépendante du trouble de personnalité borderline s’inspirant du modèle de la Thérapie comportementale dialectique Outpatient dialectical behavioral therapy for borderline personality disorder in private practice

 

Cet article présente une succincte revue de question sur le trouble de personnalité borderline. Après avoir présenté le programme standard de la Thérapie Comportementale Dialectique (TCD) reconnu comme efficace pour traiter ce trouble, il propose certains ajustements du programme standard permettant à un psychothérapeute indépendant travaillant en setting individuel de s’en inspirer dans ses interventions auprès d’un patient borderline.

Le trouble de la personnalité borderline se caractérise par une dysrégulation émotionnelle qui impacte significativement le fonctionnement global du sujet. Cette dysrégulation produit régulièrement un excès d’émotionnalité négative pour des événements mineurs du quotidien ou liés aux interactions sociales, auxquels la personne borderline répond par des comportements impulsifs aux conséquences délétères, des automutilations ou des tentatives de suicide, ou encore un excès de ruminations mentales négatives accentuant l’émotionnalité négative ultérieure. Parallèlement, les comorbidités psychiatriques sont la règle plus que l’exception. Traiter les patients borderline est un défi pour les soignants, d’autant plus que les traitements psychiatriques et cognitivo-comportementaux de 1ière et 2ième vague se sont révélés insuffisants pour améliorer significativement une telle symptomatologie. La Thérapie Comportementale Dialectique de Marsha Linehan développée depuis les années 1990, focalisant les interventions thérapeutiques sur l’apprentissage d’une meilleure régulation des émotions, s’est avérée efficace pour amender une grande partie du fonctionnement borderline de la personnalité. La TCD est considérée comme un traitement de choix pour cette population. De par la centration sur l’expérience émotionnelle et sa gestion, la TCD a fortement contribué au développement de la 3ième vague des TCC.

La Thérapie comportementale dialectique impose aux thérapeutes un cadre de travail spécifique et un style relationnel particulier. Si les animateurs des groupes hebdomadaires d’entraînement aux compétences enseignent aux patients des nouvelles stratégies de gestion de leurs émotions, d’eux-mêmes et de leurs relations interpersonnelles, les thérapeutes individuels ont pour mission d’entraîner le patient borderline à les mettre en application et les ajuster aux situations émotionnellement déstabilisantes qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne. Les thérapeutes individuels doivent par ailleurs respecter un ordre priorité de leurs interventions durant les séances individuelles hebdomadaires : avant tout retraiter les comportements suicidaires ou autodommageables que le patient a engagé depuis leur dernière séance pour en réduire le risque de récidive, puis ses comportements interférant avec la thérapie, avant de répondre à ses demandes et l’aider à gérer les problèmes qu’il rencontre et qu’il souhaite résoudre avec l’aide du thérapeute.

Le programme thérapeutique standard dure une année et nécessite d’importantes ressources que les systèmes de santé, publics ou privés, ne peuvent pas toujours mettre à disposition. Un psychothérapeute indépendant travaillant en setting individuel peut s’inspirer du programme TCD standard pour offrir un traitement efficace au patient borderline sollicitant son aide. Cet article présente une manière d’adapter le cadre TCD et suggère comment utiliser ce modèle de soin dans une pratique libérale.

 

 

This article presents a brief review of the issue of borderline personality disorder. After presenting the standard Dialectical Behavioral Therapy (DBT) program recognized as effective in treating this disorder, it suggests some adjustments to the standard version that would allow an independent psychotherapist working in an individual setting to use it in his or her interventions with a borderline patient.

Borderline personality disorder is characterized by an emotional dysregulation that significantly impacts the subject's overall functioning. This dysregulation regularly produces an excess of negative emotionality for minor everyday events or in social interactions, to which the borderline person responds with impulsive behaviors with deleterious consequences, self-harm or suicide attempts, or an excess of negative mental ruminations accentuating the subsequent negative emotionality. Moreover, psychiatric comorbidities are the rule rather than the exception. Treating borderline patients is a challenge for caregivers, especially since psychiatric and 1st and 2nd wave cognitive-behavioral treatments have proven insufficient to significantly improve such symptomatology. Marsha Linehan's Dialectical Behavioral Therapy developed since the 1990s, focusing therapeutic interventions on learning to better regulate emotions, has proven effective in ameliorating much of the borderline personality functioning. DBT is considered a treatment of choice for this population. By focusing on the emotional experience and its management, DBT has contributed greatly to the development of the 3rd wave of CBT.

Dialectical Behavioral Therapy imposes on therapists a specific framework and a particular relational style.  If the facilitators of "skills training groups" teach patients new strategies for managing their emotions, themselves and their interpersonal relationships, the individual therapists have the task of training the borderline patient to apply and adjust them to the emotionally destabilizing situations they encounter in their daily lives. Individual therapists must also respect a priority order for their interventions during the weekly individual sessions: first to address suicidal or self-harming behaviors that the patient has engaged in since their last session in order to reduce the risk of recurrence, then to address behaviors that are interfering with therapy, before responding to the patient's requests and helping him/her to deal with the problems that he/she is encountering and that he/she wishes to resolve with the therapist's help.

The standard therapeutic program lasts one year and requires significant resources that the health care system, public or private, cannot always make available.

An independent psychotherapist working in a one-on-one setting can use the standard DBT program to provide effective treatment for the borderline patient who seeks his or her help. This article presents a way of adjusting the DBT framework and suggests how to use this model of care in an independent practice.

 

Mots-clés : trouble de personnalité borderline, thérapie individuelle, thérapie comportementale dialectique, activité psychothérapeutique libérale Key words : borderline personality disorder, individual therapy, dialectic behavior therapy, liberal psychotherapeutic activity

Richard TOTH

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Procédures

Réponses et questions ouvertes sur la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT) pour le trouble bipolaire Answers and open questions concerning mindfulness-based cognitive therapy (MBCT) for bipolar disorder

 

Depuis la première application clinique de la pleine conscience vers la fin des années 70’, de nombreuses interventions basées sur cette pratique méditative ont vu le jour, s’adressant à des populations diverses et au-delà du domaine de la santé. Nous disposons d’évidences répétées en faveur de l’efficacité de la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Cognitive Therapy - MBCT) qui figure actuellement dans les recommandations thérapeutiques pour la prévention des rechutes dépressives unipolaires. L’objectif de cet article est de présenter les principales données d’efficacité de cette intervention pour le trouble bipolaire, les améliorations cognitives et les processus de changements décrits, ainsi que les adaptations apportées au protocole MBCT original. Les limites méthodologiques soulevées ne doivent pas freiner l’application clinique de MBCT dans cette affection, compte tenu des bénéfices rapportés par les participants d’une plus grande acceptation de la maladie et d’une meilleure capacité à identifier les changements thymiques et à prendre soin d’eux-mêmes, avec compassion.

 

 

Since the first clinical application of mindfulness in the late 1970s, many interventions based on this meditation practice have emerged, targeting various populations, not only in the field of health. Because of the repeated evidence of the efficacy of Mindfulness-Based Cognitive Therapy (MBCT) for the prevention of unipolar depressive relapses, MBCT is now included in the treatment guidelines for this condition. The objective of this article is to present the main data on the effectiveness of this intervention for bipolar disorders, the cognitive improvements and the processes of change described, as well as the adaptations brought to the original MBCT protocol. Methodological limitations should not hamper the clinical application of MBCT in this population, given the benefits reported by participants after the intervention of greater acceptance of their illness, as well as ability to identify mood swings and to take care of themselves, with compassion.

 

Mots-clés : trouble bipolaire, thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, faisabilité, efficacité, bénéfices Key words : bipolar disorder, Mindfulness-based cognitive therapy,, feasibility, efficacy, benefits

Béatrice WEBER, Sonia VIDAL, Françoise JERMANN, Hélène RICHARD-LEPOURIEL

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Recension de livre

« Apprivoiser la douleur chronique avec l’ACT. Guide de pratique en 10 modules. » de Frédérick Dionne et Josée Veillette chez Dunod (2021)

 

Frédérick Dionne -psychologue clinicien, professeur à l’université du Québec à Trois-Rivières, chercheur au Réseau québécois sur la douleur et directeur de l’institut de formation en thérapie comportementale et cognitive- et Josée Veillette -thérapeute TCC utilisant ACT et la méditation auprès d’adultes douloureux ou souffrant de troubles mentaux) nous proposent un merveilleux guide de pratique clinique pour apprivoiser la douleur chronique. Il est le fruit d’une connaissance approfondie de la littérature scientifique sur le sujet, de leurs propres recherches et de leur longue expérience thérapeutique auprès de patients douloureux chroniques nombreux et divers. Leur manuel clinique, basé sur des données probantes, est complet (300 pages), original et surtout très utile pour la pratique clinique. De plus, il est aisé et agréable à lire, ce qui ajoute du plaisir à l’utilité de la lecture.

 

François NEF

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